Série photographique · Bordeaux 2026
Le métro n'est pas un lieu.
C'est un état.
Pendant des années, j'ai erré dans les souterrains du monde — Paris, Londres, Lisbonne, Los Angeles, Mexico, Panama. Des corps qui se croisent, se frôlent, se ratent. Des regards qui se posent une seconde puis disparaissent pour toujours. Ces sept images, captées à Paris et à Londres, sont nées de cette errance. Des fragments d'humanité que la vitesse aurait dû effacer. Le métal, la lumière froide, et dans cet entre-deux — des vies entières qui passent.
Un tunnel qui aspire vers l'inconnu — on ne comprend le passage qu'en le vivant. Image d'ouverture, invitation à entrer dans l'expérience sans savoir ce qui attend de l'autre côté.
Les vitres superposent les mondes. Lumières diffuses, silhouettes fantômes, couleurs qui saignent dans le noir. Une présence mélancolique — là sans vraiment y être, dedans sans vraiment être dehors. Une rêverie urbaine dont on ne sait pas si elle appartient au présent ou au souvenir.
La femme rousse floue, déjà partie. La vie entière qui résiste à être contrôlée. On essaie de saisir, mais la vie continue d'avancer malgré nous. Elle fait diptyque avec Reflets d'ailleurs — lui qui reste, elle qui s'échappe.
Silhouette encapuchonnée de dos, Londres. On ne sait pas si elle arrive ou si elle fuit. L'errance non pas comme un échec mais comme partie du voyage — ne pas savoir où on va, c'est aussi une forme de liberté.
Un couple enlacé dans la fenêtre du train en mouvement. Le temps s'arrête juste pour eux, figé dans la vitesse. Une bulle d'intimité suspendue au milieu du flux — universelle et mélancolique.
Seule nette dans le chaos. Image prise dans l'urgence, deux secondes pour régler l'appareil. Le hasard parfait. Elle rayonne sans le savoir, souveraine, dans sa bulle musicale.
L'homme masqué, époque Covid. Les barreaux en premier plan évoquent la prison. L'aliénation ordinaire, le monde mécanique qui nous enferme sans qu'on s'en rende compte.
© APC Viaud
Photographe d'auteur
J'ai grandi dans une famille déracinée. Mon père a quitté le Vietnam en 1978 avec ma mère — elle a laissé sa famille derrière elle, et ne l'a pas revue avant 2007. Presque trente ans de silence et de distance.
En 2013, j'ai perdu Tonton — le compagnon de ma mère — sans l'avoir vraiment connu. Sans avoir gardé sa voix, sa façon d'être là. Ce regret est à l'origine de tout.
Parenthèse Urbaine est née de cette double errance — la mienne dans les métros du monde, celle de ma famille dans le temps et l'espace. Ces inconnus captés dans le mouvement, c'était une façon de réparer quelque chose.
Avec Présence Intemporelle, je n'entre plus dans des souterrains. J'entre dans l'intimité des familles pour capturer ce qu'on n'a pas le temps de dire avant qu'il soit trop tard.
Le même geste. Une autre intention.
Les œuvres sont exposées physiquement jusqu'au 11 avril 2026 au concept store Parfume Ton Art — 20 rue Castillon, Bordeaux.
Chaque tirage est signé, numéroté et livré avec son certificat d'authenticité.
Édition strictement limitée à 7 exemplaires par œuvre, tous supports et formats confondus.
Impression & encadrement
Les tirages Fine Art et les caisses américaines de cette exposition ont été réalisés par APC Viaud — agence photo, impression et encadrement à Bordeaux, depuis 1984. Une entreprise familiale, un savoir-faire local, une qualité galerie.